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 Adaptation théâtrale de la Ficelle de Maupassant

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MessageSujet: Adaptation théâtrale de la Ficelle de Maupassant   Mar 30 Juil - 4:32

La Ficelle de Guy De Maupassant
Adaptation théâtrale de  Abdelouahid Bennani


ACTE  1
SCENE 1
(3 Clients, 3 Vendeuses)

Au marché.
1° Client, parlant fort dans une foule criarde : « Non c’est trop cher, je vous donne un franc cinquante pour le coq. »
1° Vendeuse, rangeant son grand panier vide à son pied : « Je ne le vendrai pas à moins de deux francs. Regarde comme il est lourd. »
1° Client, soupesant le coq, attaché par les pattes : « Il n’arrive même pas à trois livres. Allons, allons, vendez,  personne ne vous fera meilleure offre. »
1° Vendeuse,  l'air dur, le visage immobile : « Deux francs, c’est à prendre ou à laisser. »
1° Client, s’en allant lentement: « C’est bon, c’est bon, j’irai ailleurs. »
1° Vendeuse, criant au client : « C'est d’accord, maître Anthime, je vous le donne. »
2° Vendeuse : « J’ai le meilleur miel de la région, Tenez Monsieur, voyez vous-même. »
2° Client : « Hum, ça en a tout l’air. Et combien ça coûte ? »
2° Vendeuse : « Dites-moi combien vous en voulez et je ferai un prix. »
2° Client : « Bon, bah…je prendrai quatre livre, si vous me faites un bon prix. »
Un client intéressé plutôt par la vendeuse que par sa marchandise.
3° Vendeuse, ironique : « Cessez de caresser les tomates ! Vous allez les faire rougir. »
3° Client, faisant le doux : « C’est quelles sont belles, vos pommes d’amour. »
3° Vendeuse, changeant de ton : « Et mes oignons, vous plaisent-ils autant ? »
3° Client, avec une fausse courtoisie: « Oh, vos oignons, c’est vos oignons ! »
3° Vendeuse, agacée : « Oui, et j’en connais un que mon homme mettra aux petits oignons…»
3° Client, surpris : « Et tout cela pour des prunes ? Croyez-vous que je veux vous carotter quelque légume ? »
3° Vendeuse : « Si ce n’est pas pour voler, pourquoi tournez-vous autour de ma marchandise depuis un moment ? »
3° Client : « C’est que j’hésite un peu pour le choix de mon repas, entre les navets et les pommes de terre. »
3° Vendeuse : « Mettez-y les deux, votre repas ne sera que plus bon. »

SCENE 2
(Hauchecorne, Malandain)

Maître Hauchecorne, va vers la place.
Maître Malandain : « Voyez qui arrive ! Ce vieil avare d’Hauchecorne. Que fait-il par là ? »
Maître Hauchecorne : « Ho, ho. Voilà une chose qui peut servir. Se penchant pour prendre une corde mince jetée par terre. Aïe… »
Maître Malandain : « Comme il doit souffrir, le pauvre misérable, avec ses douleurs de rhumatismes. Pourvu qu’il se torde et se casse…»
Maître Hauchecorne : « Aïe…  se préparant à rouler le fil avec soin, Oh mon Dieu. Voilà ce maudit bourrelier devant la porte de sa boutique qui me regarde. Cachant vite sa trouvaille. Quelle honte. »
Maître Malandain, pensif : « Tiens, tiens, tiens… »
Maître Hauchecorne : «   Faisons semblant de chercher encore quelque chose par terre pour que ce triple con de Malandain ne découvre pas  ma trouvaille. »
Maître Malandain : « Ho, ho, regardez-moi ça! Ça se courbe en deux et ça cherche dans la boue. Il doit s’agir de quelque chose de valeur. »
Maître Hauchecorne, Allant vers le marché, la tête en avant, courbée en deux : «  Rien ne fait plus mal au cœur que de faire affaire avec ce voleur. Je n’oublierai jamais son affront. Je ne lui pardonnerai jamais son humiliation. Et dire que c’était pour un licol, un misérable licol ! »
Maître Malandain, très curieux, inspectant la crotte : « Mais enfin, qu’est-ce qu’il y a dans la crotte qui mérite qu’on se courbe comme un arc pour se salir les mains de la sorte. »
Maître Hauchecorne, tâtant la poche où il a caché la ficelle : « De nos jours rien n’est gratuit, tout s’achète. Un clou, une vis qu’on jette aujourd’hui, demain on en a besoin et on en achète. De l’argent gaspillé pour rien. Et avec tendresse, l’argent, oh argent ! Prunes de mes yeux, parfum des mes jours, amour de ma vie, chantonnant, je t’ouvre mon cœur, ô roi des temps, ma main n’implore, que ton pardon. » Il se perd dans la foule criarde.
Sonnant midi, la place se vide peu à peu.  


ACTE II
SCENE 1
(Le serveur, 4 paysans)
Chez Jourdain, la grande salle est pleine de mangeurs.  Les plats passent, se vident comme les bouteilles de cidre jaune.
Le Serveur, passant entre les tables : « Bienvenus à l’auberge de M. Jourdain. Avez-vous fait vos demandes, Messieurs ? »
Premier Paysan, à son compagnon de table : « Alors mon ami, quel temps fait-t-il chez vous ? Avez-vous eu  bonne récolte cette année ? »
Deuxième Paysan, vidant son verre : «Le temps est bon pour l’herbe mais il y a trop de pluie pour le blé. »
Premier Paysan: « Si le mauvais temps persiste, ce sont les bêtes qui vont se régaler! »
Deuxième paysan : « Oui, et on ne saura de quoi faire nourrir le peuple. Avec un sourire malin, à moins qu’on ne se contente de la viande nue. »
Premier Paysan: « Rien n’est plus mauvais pour la santé d’un paysan que de bouffer son capital jusqu’au dernier de ses cochons. »
Deuxième Paysan : «  On n’en est pas encore là, Dieu merci. »    
Premier Paysan, soupirant : « Pourvu que cela ne dure pas! »
Deuxième Paysan : «  Que Dieu vous entende, mon ami, que Dieu vous entende ! »
Troisième Paysan, à son compagnon de table : « On raconte que vous avez fait bonne affaire, avec vos vignes. »
Quatrième Paysan : «Oui, ça vous pouvez le dire, la récolte de cette année a été bien meilleure que celle de l’année dernière. »
Le Serveur, interrompant les paysans ;  « Voilà, messieurs, vos plats commandés, et déposant les plats sur les tables, bon appétit, messieurs. »
Quatrième Paysan, admirant le contenu de son plat : « On est gâtés, chez Jourdain, ça il faut le dire. Un maquignon aubergiste de cette trompe ne se trouve nul ailleurs. Et revenant à son sujet, mais ma réussite n’a pas été le fruit du hasard, ça il faut le dire, j’ai fouiné ça et là dans les vieux bouquins des botanistes… »
Troisième Paysan, étonné : « Vous vous mettez à la lecture, à présent ? »
Quatrième Paysan, triomphant : « Juste à celle qui m’avantage, juste à celle qui m’en profite, il faut le dire. »
Premier Paysan, à son compagnon de table, l’air surpris : « Avez-vous entendu ça ? Il parait que les livres aident à faire bonne récolte. »
Deuxième Paysan, surpris aussi : « Ça en a tout l’air. »
Premier Paysan, d’un air moqueur : « Je vais demander au prêtre du village de changer ses prêches  par des cours sur les plantes et tralala. »
Deuxième Paysan, d’un air malicieux : « Oui, la parole de Dieu contre celle des savants de mes deux, oui… »
Quatrième Paysan, irrité mais calmement: « Il faut le dire, Maître Voltaire et bien d’autres hommes des sciences ont tout écrit sur leurs expériences de génies cultivateurs. Et ma foi, tout fermier qui se respecte devrait suivre leur exemple. »
Troisième Paysan, approuvant : «  Oui, le progrès ! Qui arrêterait le progrès quand ça profite ? »
Premier Paysan, incrédule : « Ta, ta, ta, ta, de la science, moi, je me méfie. »
Deuxième Paysan, approuvant : « À Qui le dites-vous ? »

SCENE 2
(4 paysans, le serveur, le crieur public, Hauchecorne, le gendarme)

On entend le bruit du  tambour, dans la cour. On court à la porte, aux fenêtres, la bouche encore pleine et la serviette à la main.
Le crieur public, finissant de jouer et s’arrêtant à chaque mot, on l’entend qui crie
: « Oyez, oyez.
On fait savoir aux habitants de Goderville, et en général à toutes les personnes qui étaient au marché, qu'il a été perdu ce matin, sur la route de Beuzeville, entre neuf heures et dix heures, un portefeuille en cuir noir avec dedans cinq cents francs et des papiers d'affaires. On demande de le rapporter à la mairie, tout de suite, ou chez maître Fortuné Houlbrèque, de Manerville. Il y aura vingt francs de récompense. »
Le crieur public s'en va. On entend encore au loin le bruit du tambour  et la voix de l’homme devient plus faible.
Premier Paysan, à son compagnon de table : «  Moi je dis, qu’une récompense de vingt francs pour la somme perdue de cinq cents, ils ont peu de chance de le revoir, ce portefeuille. »
Deuxième Paysan, en mâchant : « Cela dépend entre les mains de qui il tombera, ce portefeuille. »
Premier Paysan, l’air pessimiste : «  Oh, de nos jours il ne faut pas se faire des illusions. Les honnêtes hommes, ce n’est pas monnaie courante. »
Troisième Paysan, à son compagnon de table : «Un portefeuille en cuir noir dans une piste pleine de boue, ça m’étonnerait qu’on le trouve. »
Quatrième Paysan : « Ce n’est pas l’argent qui doit compter le plus pour Maître Houlbrèque mais plutôt les papiers d’affaire.  Ça doit être d’importance ! »
Premier Paysan: « Moi, en tout cas, je ne pense pas que celui qui le trouve soit fou pour rendre une somme d’argent aussi importante. »
Quatrième Paysan, à l’intention des paysans d’à côté : «Il se peut qu’on retrouve le portefeuille jeté quelque part, juste avec les papiers dedans. »
Deuxième Paysan: « Oui, un  normand  qui se respecte agirait de la sorte. Oh, Ho, Ho. » Troisième Paysan: « Oui, une poignée de papiers de retrouvé, cinq cent francs de perdu. »
Premier Paysan: «Heureux celui qui trouvera cet argent. »  
Quatrième Paysan, soupirant: « Ce qu’on peut s’acheter avec cinq cents francs ! »
Deuxième Paysan, soupirant à son tour: «  A qui le dites-vous ? »  

Le gendarme, à la porte de l’auberge: « Maître Hauchecorne, de Bréauté, est-il ici? »
Hauchecorne, assis à l'autre bout de la table, répond : « Me voilà. »
Le Gendarme : « Hauchecorne, voulez-vous, s’il vous plaît, venir avec moi à la mairie ? Monsieur le Maire voudrait vous parler. »
Hauchecorne, étonné, buvant d'un coup son petit verre, se lève et suit le gendarme en répétant : « Me voilà, me voilà. »

ACTE III
SCENE 1
(Hauchecorne, Mr le Maire, le Gendarme)

Chez Mr le maire, un homme gros, grave, et qui parle bien le reçoit, assis dans son bureau.
Monsieur le Maire, d’une voix pompeuse : « Maître Hauchecorne, on vous a vu ce matin ramasser, sur la route de Beuzeville, le portefeuille perdu par maître Houlbrèque, de Manerville. »
Maître Hauchecorne, très étonné, regarde le maire avec inquiétude :   « Moi, moi, j'ai ramassé ce portefeuille ? »
Monsieur le Maire: « Oui, vous-même. »
Maître Hauchecorne : « Je le jure, j' ne l’ai même pas vu. »
Monsieur le Maire : « On vous a vu. »
Maître Hauchecorne : « On m'a vu, moi ? Qui m'a vu ? »
Monsieur le Maire: « Maître Malandain, le bourrelier. »
Maître Hauchecorne, se rappelant et rougissant de colère : « Ah ! Il m'a vu, ce bon à rien ! Il m'a vu ramasser cette ficelle-là… et, cherchant au fond de sa poche, il en retire le petit bout de corde. Tenez, Monsieur le Maire. »
Monsieur le Maire, remuant la tête négativement :« Vous ne me ferez pas croire, Maître Hauchecorne, que Maître Malandain, qui est un  homme digne de foi, a pris ce fil pour un portefeuille ? »
Maître Hauchecorne, furieux, lève la main, crache de côté pour jurer, répétant: « C'est pourtant la vérité du bon Dieu, la sainte vérité, Monsieur le Maire. Sur mon âme et mon salut, je le jure. »
Monsieur le Maire, sans l’écouter : « Après avoir ramassé le portefeuille, vous avez même cherché longtemps dans la boue, pour voir si une pièce de monnaie n'en était pas tombée. »
Maître Hauchecorne, étouffant de colère et de peur, il crie : « Comment peut-on dire une chose pareille ?... Comment peut-on dire des mensonges comme ça pour faire du mal à un honnête homme ? Comment peut-on dire ?... »
Monsieur le Maire, au gendarme : « Gendarme, faites venir Maître Malandain. »
Le Gendarme, avec un salut militaire : « A vos ordres Monsieur le maire. »
Monsieur le Maire, à Maître Hauchecorne : « On va bien voir qui, de vous deux, dit la vérité.  »

SCENE 2
(Hauchecorne, Malandain, Mr le Maire, Le Gendarme)

Monsieur le Maire, à Maître Malandain : «Maître  Malandain, veuillez répéter, s’il vous plait, ce que vous nous avez dit à propos du portefeuille de Maître Houlbrèque de Manerville. »
Maître Malandain: « Monsieur le maire, peu avant midi, alors que j’étais devant la porte de mon atelier, j’ai vu Maître Hauchecorne s’avancer vers la place du marché avec d’autres paysans qui  venaient vers le village. Les mâles allaient, à pas tranquilles… »
Monsieur le Maire: « Epargnez-nous les détails, Maître Malandain. Allez droit au but, s’il vous plait. »  
Maître Malandain, un peu contrarié : « Excusez-moi Monsieur le maire… Je disais donc que je regardais passer les gens quand j’ai aperçu Maître Hauchecorne se pencher pour ramasser quelque chose qu’il avait trouvée par terre. En me voyant, il a caché brusquement l’objet dans sa poche et a cherché encore dans la boue. Cela lui a pris un bon moment avant de rejoindre la foule où il a tout bonnement disparu pour fouiller le portefeuille. »      
Maître Hauchecorne, criant de colère « Vous m’avez vu ramasser le portefeuille, vieux menteur ?»
Maître Malandain, criant à son tour : « Menteur, vous-même. Oui, Monsieur le maire. Je l’ai vu et bien vu de mes propres yeux ramasser le portefeuille dans la crotte, à deux pas de ma porte. »
Maître Hauchecorne, indigné et criant toujours: « Ce n’était pas un portefeuille mais une cordelette, vieil aveugle. »
Maître Malandain: « Aveugle vous-même, mauvais paysan aveuglé par l’argent. N’avez-vous pas encore cherché longtemps dans la boue la monnaie qui s’en est échappée ? Ou bien votre corde a-t-elle perdu ses petites cordelettes chéries qui jouaient aux alentours ? Ho ; Ho, Ho ! »
Maître Hauchecorne : « De qui riez-vous, vieux plein de soupe ? »
Maître Malandain : « Sale vermine, vieux con !»
Monsieur le Maire, calmement, de son bureau : « Allons, messieurs, un peu de bon sens, vous n’êtes plus des enfants… »
Maître Hauchecorne : « Fripouille ! Vermine ! »
Maître Malandain : «  Voleur ! Hypocrite ! »
Monsieur le Maire, perdant un peu de son calme : « Messieurs, s’il vous plait… »
Maître Hauchecorne : « Vieille chaussette ! Pantoufle de mes deux… ! »
Maître Malandain : «  Vieux bouc ! Loup garou ! »
Monsieur le Maire, en criant : «  De l’ordre, messieurs… ».  
Maître Hauchecorne : «  Fouillez-moi, Monsieur le maire si vous ne me croyez pas. »
Monsieur le Maire, à bout des nerfs : « Gendarme, fouillez Hauchecorne »
Le Gendarme: «  A vos ordres Monsieur le maire. Les mains dans les poches d’Hauchecorne, je n’ai rien trouvé sur lui, Monsieur le maire. »
Monsieur le Maire, très hésitant : « Hauchecorne, ne vous croyez pas sorti d’affaire, nous allons prévenir le[/b]: «  A vos ordres Monsieur le maire.  juge et demander des ordres. Nous vous contacterons sous peu. Vous pouvez partir. »

ACTE 4
SCENE 1
(Hauchecorne, 4 Paysans)

Chez Jourdain, après sa sortie de la mairie, Hauchecorne est interrogé par les curieux.
Maître Hauchecorne: «Alors que je marchais d’un pas tranquille vers le marché, j’ai vu une petite ficelle dans la boue. Au moment où je me penchais pour la ramasser, j’ai vu  Malandain, le bourrelier, devant la porte de son atelier. J’ai eu un peu honte d’être vu ainsi courbé en eux pour une chose sans valeur, j’ai fait semblant d’avoir perdu quelque chose que je ne trouvais point. C’est pour cela qu’il a cru que j’avais ramassé le portefeuille et il a témoigné contre moi auprès de Monsieur le maire. Ils m’ont fouillé sur ma demande et ils n’ont rien trouvé puisque je n’ai ramassé aucun portefeuille… »
Les 4 Paysans, incrédules et riant: « Vieux malin va ! »
Maître Hauchecorne, retournant ses poches : « Tenez, voyez mes poches. Voyez-vous un portefeuille ? »
Les 4 Paysans, à l’unisson : « Ah, le vieux renard ! »
Maître Hauchecorne, fâché : « Je jure sur mon âme et mon salut, sur les saints de Bréauté, sur la terre et la pluie, sur le blé et le raisin, sur la moisson et la récolte que je n’ai trouvé aucun portefeuille mais bel et bien une ficelle, une misérable petite ficelle. Voyez mes poches, elles sont vides. Prendre une ficelle pour un portefeuille ! Qui croirait pareille histoire ? Il faut être plus myope qu’une chauve souris pour les confondre ! »
Sort, Hauchecorne.

SCENE 2
(Le serveur, 4 Paysans)


Le Serveur : « Vous n’allez pas croire ce qu’on raconte par là. On raconte que c’est Marius Paumelle, le valet de ferme de maître Breton qui a trouvé le portefeuille en cuir noir à demi enfoncé dans la boue. Et puisque la boue, çà le connaît, le sacré chanceux y a trouvé fortune. Il doit être, à présent, entrain de gaspiller ses sous quelque part. »
Premier Paysan, à son compagnon de table : « Ah ? Le sacré veinard ! »
Deuxième Paysan : « Et dire que tout le monde continue à croire que c’est Hauchecorne qui l’avait trouvé, ce portefeuille. »
Troisième Paysan, se retournant vers ses voisins de la table d’à côté : « Allez savoir qui dit la vérité. »
Quatrième Paysan, à son compagnon de table : «  Hauchecorne nous a si longtemps mis la cornette, à nous tous, que personne n’ose plus le croire. »
Le Serveur, se moquant : «  Oui, et dire comment il a lavé la cornette à ce pauvre Malandain pour des prunes. »
Quatrième Paysan, riant : « Ne me dites pas que ce corniaud de Malandain a eu, aussi, affaire à ce diable d’Hauchecorne ?! »

SCENE 3
(Hauchecorne, Le serveur, 4 Paysans)

Hauchecorne qui entre dans l’auberge.
Le Serveur, le désignant du doigt: «  Parlez du diable, il vous surgit. »
Troisième Paysan : « Regardez comme il est content ! Il doit être au courant de la nouvelle. »
Premier Paysan: «  A qui le dites-vous ! »
Deuxième Paysan: «  Taisez-vous, il arrive ! »
Maître Hauchecorne : «  Connaissez-vous la bonne nouvelle ? »
Deuxième Paysan, faisant l’ignorant: « Cela dépend de quelle affaire. Il y en a tant qui circulent depuis le dernier  marché. »
Maître Hauchecorne : « Celle du portefeuille, pardieu ! »
Deuxième Paysan: « Ah, bon ? Dites nous ! »
Maître Hauchecorne : «  Eh, bien, on l’a trouvé. »
Deuxième Paysan : « C’est pas vrai ! »
Maître Hauchecorne : «  Sur ma tête ; je le jure.»
Premier Paysan: «Jurez par autre chose, s’il vous plait, Hauchecorne. Une tête de malin, ça nous connait. »
Maître Hauchecorne, perdant de son sourire : « Le portefeuille qu’on m’accuse d’avoir trouvé et gardé a été retrouvé. »
Quatrième Paysan : «  Ne me dites pas ! Et par qui ? »
Maître Hauchecorne : « Par le valet de ferme de Maître Breton, parbleu. Et même qu’il a eu une récompense de vingt francs, et cache, s’il vous plait. Ho, ho, ho ! »
Quatrième Paysan : « Et comment, Marius, qui ne sait ni lire ni écrire a-t-il su qu’il s’agissait du portefeuille de Maître Houlbrèque ? »
Maître Hauchecorne: « Ne sachant pas déchiffrer un traître mot de ce qu’il voyait, le pauvre hère a rapporté illico le portefeuille à son patron. Car il est breton, Maître Breton, et il s’y connaît, lui, en écriture.»
Troisième Paysan : « A-t-on jamais besoin de lire pour reconnaître l’aspect d’un billet de banque, quand il vous tombe sur le nez? »
Maître Hauchecorne, perplexe : « Mais cela s’est passé comme ça. »
Deuxième Paysan, lui criant : « Allons, allons, vieux malin je la connais, votre ficelle ! »
Maître Hauchecorne, balbutiant : « Mais on l'a retrouvé ce portefeuille ! »
Deuxième Paysan : « Taisez-vous mon père. Il y en a un qui trouve et y en a un qui rapporte. Ni vu ni connu, je t’embrouille ! »
Maître Hauchecorne, protestant : «  Mais comment pouvez-vous penser une chose pareille ? Comment pouvez-vous douter de ma parole ? Pourquoi personne ne veut me croire  alors que je ne dis que la vérité, la sainte vérité? Et puis si j’avais trouvé le portefeuille, pourquoi est-ce que je l’aurais fait rapporter par un autre et partager la récompense?
Maître Malandain est un menteur, un vieux tricheur qui vous vend du bidon pour du vrai. Personne ne peut se vanter de le connaître mieux que moi. Vous pouvez me croire.»
Troisième Paysan : « On la connait aussi, votre histoire du licol, vieux rancunier ! »
Maître Hauchecorne : « Qu’allez-vous croire ? »
Premier Paysan: « Dites-le nous,Maître Hauchecorne, dites-le nous. »
Maître Hauchecorne, rouge de colère : « Pourquoi me casser la tête à vouloir vous prouver mon innocence, bande d’incrédules ? J’irai reconquérir mon honneur, ailleurs que chez des saoulards, de votre espèce. »
Troisième Paysan, se moquant : « Oui, allez corner votre ficelle ailleurs, dans le pays. Peut-être qu’on vous croira.»    
Le Serveur : « Ça, ce sont des explications de menteur ! »
Toutes les tables se mettent à rire. Il ne peut finir son dîner et s'en va, pendant qu’on se moque de lui.

ACTE 5
(Maître Hauchecorne)

Chez lui, l'esprit uniquement occupé par l'histoire de la ficelle.
Maître Hauchecorne : « J’ai épuisé tous les arguments imaginables. Je n’ai ménagé aucune raison, nul prétexte, point de preuves. Le résultat reste pareil, toujours le même : personne ne me croit.
J’ai puisé dans la ruse des malins, dans la sincérité des honnêtes gens, dans les arts des troubadours, dans les sciences des savants. Comme une araignée, j’ai tissé, brodé comme une vieille mémère, des propos dignes de foi. Comme un romancier, j’ai raconté l’histoire point par point jusqu’au dernier détail. Comme un historien, je l’ai allongée avec chaque événement nouveau, d’importance. Et je l’ai contée partout sur les routes aux gens qui passaient, au cabaret aux gens qui buvaient, à la sortie de l’église le dimanche. J’ai même arrêté des inconnus. Comme un bon religieux, j’ai juré sur l’âme et le salut, sur le bon et le mauvais temps et sur les saints du bon Dieu…
Et ce qui me chagrine le plus au monde, c’est que je suis capable, avec mon astuce de Normand, de faire ce dont on m’accuse, et même de m’en vanter comme d’un bon tour. Mais non, il a fallu que je me conduise en bon et honnête citoyen qui veut prouver à tout prix son innocence et voilà le résultat. Je me ronge le sang pour rien. Je m’épuise vainement en efforts inutiles. Je m’affaiblie, blessé à mort, frappé par l’injustice du soupçon.
Eh, bien, non ! Je ne m’avouerai pas vaincu. Et s’il fallait recommencer, je recommencerai. J’irai la conter encore et toujours. J’y ajouterai des raisons nouvelles, des protestations plus énergiques, des sermons plus solennels.
Essayant de mettre un petit peu d'ordre dans ses pensées.
Voyons, un peu…En me penchant pour ramasser le portefeuille, j’ai vu la ficelle devant la porte de son atelier qui me regardait. J’ai alors fait semblant de chercher quelque chose dans la boue que je n’ai pas trouvé. Une fois dans l’auberge de Maître Houlbrèque, Monsieur le maire est venu me chercher pour me conduire auprès du gendarme. J’ai beau expliquer que la ficelle en cuir noir n’était qu’un bout de portefeuille, personne n’a voulu me croire.
[i]Arrêtant et parlant à des interlocuteurs invisibles.

Bonjour Madame, connaissez-vous la dernière ? Non, pas la dernière blague mais la dernière nouvelle de la ficelle…heu, du portefeuille…bah, ficelle ou portefeuille, c’est tout pareil…Ah, bon ! Vous la connaissez déjà !
Maître Jourdain, Maître Jourdain, avez-vous deux minutes ? Non ? Eh, bien tant pis !
Qui vois-je par là, Malandain? Et vous avez le culot de vous montrer après m’avoir causé tant de mal ? Venez sale vermine, je vais vous couper la gorge.
Oh, pardon M. le gendarme ! Je vous ai pris pour Malandain. Ça va, vous n’avez rien ? Vous êtes sûr que ça va ? Allez, au bonheur !
Ah, Marius, Marius ! Qu’est-ce qui vous prend ? Pourquoi vous ne vous défendez pas ? Pourquoi les laisser croire que nous sommes complices ? Pourquoi ne pas arrêter cette menterie une fois pour toutes ? N’avez-vous pas honte de persister dans votre silence ?
Voyez vous-mêmes, Monsieur le maire. Ceci est la trouvaille qui me traque. Ceci est le destin qui me pourchasse. La mauvaise étoile qui me poursuit. La mauvaise fortune qui me harcèle. Le malheur qui me tue.
Une petite ficelle ...une petite ficelle ... tenez, la voilà, Monsieur le Maire. »


[/i]
Epilogue

Maître Hauchecorne étant malin
Rusé, par-dessus tout avare
Jouant un tour à  Malandain
Se prend au piège dare-dare.

Courbé en deux pour une ficelle ?
Allez croire pareille raison !
Nul doté d’une cervelle
Ne croirait l’histoire bidon.

Quel homme se courberait
En deux afin de ramasser
Un petit objet insensé
Pensant qu’un jour il servirait ?

Un fil, une petite ficelle
Ne ressemble en rien au portefeuille
Mais jouant sa comédie à merveille
Il réussit un tour pareil.
Hauchecorne paya à prix
Fort, pour toutes ses tromperies
De sa vie,  qu’il lui en restait
Etant vieux, de mauvaise santé.

Il devint fou et obsédé
Pour l’histoire d’une ficelle
Hauchecorne jeta ses dés
Et perdit sa vieille cervelle.

Mauvais perdant comme il l’était
Pour Hauchecorne nulle défaite,
Il en perdra sa santé
Ses amis, sa vie même, en fait.



Les personnages

Hauchecorne : Oumnia Idrissi
Malandain : Mariam M’hair
Le Maire :   Nisrine Berrim
L’Epilogue : F.Z. Chakil
1° Paysanne : Chaimae Saïb
2° Paysanne : Mariam Siraj
3° Paysanne :Abir Halimi
4° Paysanne : F.Z. El Omari
Le Crieur Public :Aymane Harbili
La Gendarme : Omar Chakil
Le Serveur :Mehdi Moncifi
1° Client : Mehdi Moncifi
2° Client : Aymane Harbili
3° Client : Omar Chakil
1° Vendeuse : Chaimae Kaddouri
2° Vendeuse : Mariam Kaddouri
3° Vendeuse : Mounia Khachani


Nouvelle adaptée pour le théâtre par Abdelouahid Bennani
Fait à Larache en 2013

Pièce interprétée et jouée par les élèves du Lycée Moulay Mohamed Ibn Abdellah de Larache en Mai 2013 dont les noms sont cités ci-dessus .

Lien de la 1° partie de la vidéo sur YouTube :
http://youtu.be/Ymsad3NIXaM
Lien de la 2° partie de la vidéo sur YouTube :
http://youtu.be/erxB4_QwCUs
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Adaptation théâtrale de la Ficelle de Maupassant
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