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 Iv journées culturelles de Larache:Hommage à Farida Diouri

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MessageSujet: Iv journées culturelles de Larache:Hommage à Farida Diouri   Mer 27 Fév - 4:00



De gauche à droite: Abdelouahid Bennani, Abdelmawla Ziyati et Mohamede Benaboud lors de l'hommage rendu à l'écrivain Larachoise Farida Diouri.
Citation :
Farida Diouri a poursuivi ses études à l’Institut espagnol puis à la mission française. Elle a eu son Bac français au lycée Descartes de Rabat et opta pour des études d’économie à la faculté de droit de Rabat.
Elle a été journaliste à l’Opinion, puis rédactrice en chef à la Revue de l’Union des Femmes « AICHA ». Depuis 1993, ellefut cadre d’une chaîne hôtelière américaine ainsi que correspondante de journaux, tels que l’ « Echo Touristique ». Elle a commencé à écrire à l’âge 40 ans et son premier roman « Vivre dans la dignité ou mourir » a été sélectionné par le prix du Grand Atlas, organisé par l’Ambassade de France au Maroc. Plusieurs interviews réalisées au Maroc, en France et en Egypte. Elle est décédée le 08 Août 2004.

La première chose qui frappe le lecteur dans les romans de Farida Diouri c’est cet acharnement du sort sur ses protagonistes. La mort comme délivrance pour les uns (suicide s’entend) et châtiment pour d’autres (assassinat, maladies, accidents mortels …) est omniprésente. Les petits malheurs (la trahison, l’infidélité, …) comme les grands malheurs (la mort, la déchéance…) paraissent avoir prit rendez-vous dans ces romans où vous êtes partagé entre la sympathie pour les héroïnes en souffrance et la gêne pour un certain discours où presque tous les hommes sont des êtres de la pire espèce. Ceci n’a en effet rien de gratuit puisque ces hommes paraissent le mériter et sont, en quelque sorte, la cause de tous les malheurs que durent endurer les héroïnes.

Les événements de « L’ange de la misère » et de « Vivre dans la dignité ou mourir » se passent dans la ville de Marrakech. J’imagine que « Dans tes yeux, la flamme infernale » aussi, car on mentionne dans une présentation que j’ai pu lire que l’on part de « Marrakech à Martil, en passant par Grenade, Paris ou Casablanca ».
Marrakech est donc le grand espace réel autour duquel des sous-espaces, c’est-à-dire les différents lieux cités dans les romans, représentent divers degrés d’ouverture que ses personnages franchissent pour aller et venir à leur guise.
Farida Diuori, étant de Larache, je pensais tomber, à chaque moment de ma lecture, sur un lieu, un quelconque nom qui ferait allusion à sa ville natale. Et je dois dire que j’y avais beaucoup cru quand l’héroïne de « Vivre dans la dignité ou mourir » partit enterrer sa famille (son père, sa mère et ses deux frères) qui mourut dans un accident de circulation. Eh bien, non, aucun lieu n’est cité.

Le temps réel n’a point lieu, c'est-à-dire qu’on n’aura aucune date pour désigner une période précise, ce Temps Externe à l’œuvre. Mais le lecteur devine aisément qu’il s’agit là d’un Maroc des années quatre-vingts jusqu’à nos jours grâce à la descrïption des personnages et des lieux. Grâce à des allusions aux événements importants qu’a connu notre pays.
Alors que le temps romanesque ou le Temps Interne à l’œuvre, s’étend, lui, sur une vingtaine d’années pour « L’Ange de la misère ». Précisions de temps que nous aurons grâce à l’âge de Myriam dont l’auteur fait mention à chaque moment fort, à chaque grand événement que va connaître sa misérable existence. Myriam va faire son apparition dès l’âge de douze ans et se retrouver à la fin du roman avec l’âge de trente quatre ans. Quant au roman « Vivre dans la dignité ou mourir », le temps romanesque s’étend sur quelques années seulement car Nadia est déjà une femme mûre de 34 ans, mariée et mère de trois enfants, quand débute l’histoire.
Dans les deux cas, le temps n’est que suggéré indirectement par le vieillissement des personnages (quoi qu’aucune héroïne ne fût vraiment vieille !).

La présence de l’auteur dans ses romans est fréquente sous forme de réflexions de l’ordre social, théologique ou philosophique dans les paroles rapportées, les monologues intérieures de ses personnages ou tout simplement ses interventions personnelles pour donner un avis, faire une remarque ou formuler une hypothèse. Il faut dire que les ouvrages de Farida Diouri ne sont pas de simples ouvrages de fiction où prédomine l’action mais bien des romans de réflexion. Psychologiques diraient d’autres. La condition de la femme, la misère, le chômage, la religion, le destin, l’émigration… Prennent une part importante dans ses ouvrages. Et là on sent très bien que ce ne sont que ses propres propos, que ses propres réflexions, que ses propres interrogations. Et pour cause, car l’écriture ne se limite pas seulement à raconter mais aussi à dire, à s’interroger, à analyser, à étudier la réalité.
Maupassant avait bien dit dans sa Préface de Pierre et Jean, 1884 :
« Donc, après les écoles littéraires qui ont voulu nous donner une vision déformée, surhumaine, poétique, attendrissante, charmante ou superbe de la vie, est venue une école réaliste ou naturaliste qui a prétendu nous montrer la vérité, rien que la vérité et toute la vérité »
Serions-nous en mesure de qualifier les ouvrages de Farida Diouri de réalistes ? Ses personnages et les événements qu’elle rapporte ont-ils un caractère réaliste ?

Voyons un peu, en bref, l’histoire de Myriam, héroïne de « l’Ange de la misère », roman que j’ai apprécié particulièrement :
Après un bonheur éphémère son père meurt dans un accident. Dans le besoin, sa maman devient bonne et démissionne de son rôle de mère. Livrée à elle-même, Myriam travaille dans un salon de coiffure et côtoie des prostituées. Elle se lie d’amitié avec Amina, l’accompagne aux discothèques de la ville, propose ses charmes, se fait son premier client qui lui fait perdre sa virginité et rentre à la maison avec quelques billets. Amina a le Sida et elle en meurt. Myriam continue dans la prostitution jusqu’à ce qu’elle rencontre un vieux français qui va la prendre pour épouse. Naissance d’une fille, bonheur éphémère car elle va perdre son vieux mari qui succombe suite à une crise cardiaque. Myriam reviendra à l’alcool et s’isolera chez-elle. Sa mère va mourir par la suite à cause d’un cancer. L’argent de l’appartement que lui a laissé son mari et qu’elle a vendu dans l’espoir de guérir sa mère ne va servir à rien et va vite s’écouler. Myriam envoie sa fille chez sa grand-mère paternelle en France et se retrouve encore cette fois dans la rue. Dans le besoin, elle retourne à son vieil office. Une nouvelle vie dans des taudis en compagnie d’autres files de plaisir. Elle se lie d’amitié avec Sara que les parents forcent à se prostituer malgré son très jeune âge pour leur rapporter de l’argent. Myriam tombe amoureuse d’un gigolo qui lui soutire l’argent qu’elle gagne en se prostituant jusqu’au jour où il lui annonce son mariage avec une cousine. Sara se mariera par la suite avec un italien de 62 ans et quittera le pays. Et de nouveau, sans amie ni amant, Myriam va sombrer dans l’isolement, l’alcool et tente de se suicider. A ce moment précis où elle avale tout un flacon de somnifères, sa fille frappe à la porte en compagnie de sa grand-mère et de Sara, venues spécialement de France pour l’emmener vivre avec eux. On ne retient à la fin que l’image de Myriam qui bâille, que l’image de ses yeux qui se ferment seuls. Myriam aurait-elle suffisamment de force pour ouvrir la porte, ou bien allait-elle mourir avant? Au cas où on forcerait la porte, serait-il trop tard pour la sauver? Le lecteur continue donc à penser à Myriam et à s’interroger sur le sort de cette femme-enfant avec laquelle il a sympathisé le temps d’une lecture.
Ceci prouve que Farida Diouri a mené sa tache à bien en sensibilisant le lecteur pour la cause de Toute les Myriams que connaît notre société. Elle a su par la force des mots et sa franchisse habituelle, faire plonger le lecteur dans l’univers de ses héroïnes qui sont arrivés à gagner sa sympathie, son respect et son estime.
Toutes ces situations font, en effet, partie de la vie réelle. Chacun peut être confronté aux mêmes faits. On a donc envie de dire que ses romans vont trop vers le réalisme sans pour autant l’être, tout à fait. Seule bémol, Myriam parlait à l’âge de quatorze ans comme un professeur universitaire, raisonnait comme un philosophe mais se comportait comme une petite adolescente. Elle ne fut d’ailleurs pas la seule ; d’autres personnages supposés de moyenne éducation en faisaient de même. Le langage n’est donc point conforme au milieu des personnages cependant le réalisme absolu s’avère être impossible car, même s’il admet un art qui ne veut rendre que les apparences, il ne peut empêcher d’exprimer la réalité intérieure de l’écrivain et son univers.

Permettez-moi, à présent de vous faire part d’un témoignage pour la mémoire de Farida Diouri écrit un mois après son décès par l’un de ses amis espagnols du nom de Fernando Agreda qui attendait sa visite à Madrid au mois de Septembre. Ceci est une traduction que j’ai faite du message publié en 2006 par son auteur sur le Net:

« Farida Diouri est décédé le mois passé à Paris, j’ai connu cette triste nouvelle par sa propre fille alors que j’attendais sa visite promise à Madrid. Il était convenu que nous allions nous connaître personnellement pour ainsi jouir de tant de souvenirs qui nous unissaient. A présent plus rien, chère amie, nous ne comptons jamais avec la mort, elle s’est interposée entre nous, mais j’essayerai de remémorer le peu de temps que nous avons passé en grand.

L'histoire de notre amitié est très récente : j’avais trouvé sur Internet ses coordonnées et sa photographie étant bon écrivain en français : L´ange de la misère et un autre titre Dans des tes yeux, la flamme infernale étaient les titres de ses livres qu’elle m’aurait peut-être offerts en cadeau avec une dédicace lors du voyage qu'elle allait effectuer…
Tout tournait autour des souvenirs de son père Driss Diouri, figure mémorable de l'hispanisme marocain, Larache, lieu de sa naissance et enfin la figure toujours présente de Trina Mercader.
Après la publication du beau livre ou anthologie de textes sur Larache par ma bonne amie Lola López Enamorado (Larache à travers les textes. Un voyage par la littérature et l'histoire. Séville, 2004) j'avais écrit un compte rendu, encouragé par les mots de l'auteur, dans lequel j’évoquais l'ouvrage de Driss Diuri et me référais à certaines de ses lettres, du temps où j’avais sollicité sa collaboration dans des projets que nous entamions pour le Séminaire de Littérature, de cet Institut hispano-Arabe de Culture (cette année on commémore le 50° anniversaire de sa création officielle…) où nous travaillions entre jeune groupe d'arabisants avec l'illusion et l'effort qui nous animaient à l’époque. J’avais envoyé à Farida ce même compte rendu que j’ai cité, par courrier électronique. Sa réponse fut très affectueuse et en me donnant son téléphone je pus me mettre en contact avec elle. Elle parlait très bien l’espagnol. Ensuite je pus savoir qu'elle était allée à l'école de sa ville, Larache, et fut élève d'une autre chère amie, qui vivait alors dans cette ville lumineuse et qui réside aujourd'hui à Madrid : Estrella Pérez de Amar.
(Estrella, avec laquelle je parlais de temps à autre et invoquions des bon souvenirs qu'elle a pu vivre directement, qui transmettait toujours affection et sympathie, venait de m’envoyer une photographie intime : Driss Diouri, avec un « Fez », le chapeau qui était alors du style égyptien, portant ses gamins ; Farida et son frère au collège. La photo datée du 6 janvier 1956, portait une dédicace écrite par Farida enfant qui disait " A Mademoiselle Estrella avec toute mon affection " et signée de son nom. Le meilleur de tout c’est qu’ « elle est prise dans la Rue Chinguiti ou Canalejas face au cinéma Idéal », disait-elle dans sa lettre. Elle avait fait une copie de cette photo pour que je la remette à Farida. Quelle joie avait-elle eue en la recevant, me dit-elle par la suite !)

Aujourd'hui j'ai parlé à nouveau avec mon amie Estrella. Récemment informé de la surprenante nouvelle et je l'ai trouvée à sa maison de Madrid, j'ai passé un bon moment en écoutant ses souvenirs d’été, ses commentaires sur ses fils et ses petits-fils, et je lui ai fait rappeler son élève Farida sans rien lui dire de son décès.
C’était un joli thème parmi d’autres qui surgissaient dans nos conversations et elle me dit que Farida était l’une de ses élèves les plus intelligents quand elle enseignait les enfants à Larache… Une expérience si émouvante et si consolatrice à la fois !

Se rappeler Farida Diouri en ce jour de septembre c’est regretter son absence et je voudrais garder l'espoir que ses fils puissent mener à bien la publication qu'elle avait préparée et peut-être finie : Les « lettres à une amie » qui, comme elle me disait, « ce sont des lettres écrites à Trina Mercader que mon papa a aimé toute sa vie "…
Nous connaissions par Trina elle-même l'important rôle de Driss Diouri dans la revue Al-Motamid. Revue en vers et en prose qui, comme tout le monde sait, elle a crée en 1947, quand elle vivait à Larache : « Nous avions un ami marocain, Driss Diouri, à Larache, traducteur d'arabe avec une magnifique diction castillane qui prit part à notre enthousiasme et se chargea pendant des années de la section arabe… », Rappelait Trina elle-même dans ce témoignage intitulé précisément « Al-Motamid et Itimad : une expérience de coexistence culturelle au Maroc ", publié en 1981, dans la revue de la commission espagnole de coopération avec l'UNESCO, que dirigeait Fernando Valderrama, un autre bon ami.

Farida me fit découvrir un autre aspect plus intime de cette relation : « Papa et Trina - me disait-elle dans l’une de ses lettres - ont été fiancés pendant de nombreuses années et se sont aimés toute la vie. Malheureusement ils ne se sont pas marié pour un problème de religion, elle était catholique et lui musulman, mais ils ont continué à être des amis jusqu'à la mort… l'histoire de Trina et de mon père est une histoire d'amour extraordinaire et triste, et ce sera le sujet de mon prochain livre « Lettres à une amie » avec les lettres écrites à Trina Mercader que mon père a aimé toute sa vie ".

De Dris Diouri nous avions aussi des informations que Mohamed Chakor et Sergio Macías avaient cité dans leurs ouvrages sur la littérature marocaine en langue espagnole de 1996 et d'un ouvrage de Diouri lui-même intitulé «Miscelánea » (Mélange ou Morceaux Choisis), publié par les éditions Cremades de Tétouan en 1962 et illustré par l'artiste Larachois Mohamed Jebari. Dans cet ouvrage on apprécie son amour pour la ville de Larache et pour son pays en général, tout comme par sa propre famille.

Pourvu que ce projet et son auteur ne restent pas dans l’oubli. Nous demandons à ses enfants depuis ce petit hommage et aux hispanistes du Maroc, que nous apprécions tant, qu'ils fassent le nécessaire pour le mener à bien. Ce sera un beau souvenir et un intéressant témoignage d'amitié qui ne pourra jamais être oublié. Nous sommes sûrs de ceci : Farida Diouri le mérite pour maintes raisons, et pour sa mémoire nous le voulons chaleureusement, comme elle-même l’aurait voulu en ces jours de septembre, quand nous l'attendions à Madrid. »

Abdelouahid Bennani

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