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 Jacques Mayor: Met en scène Woyzeck de Büchner

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MessageSujet: Jacques Mayor: Met en scène Woyzeck de Büchner   Mer 27 Fév - 2:42



Woyzeck à Tanger



Woyzeck, la fameuse pièce de Büchner fut présentée en juin 1981 à Tanger par un groupe d'amis sous les directives de Jacques Mayor, assisté de Mick Gewinner.

La pièce conte l'histoire de Woyzeck. Une histoire complexe d'un personnage complexe, toujours en train de courir dans tous les sens " comme un rasoir " dira le Capitaine (Brahim Dadouchi). Un rasoir ouvert qui déchire l'espace, ou plutôt les deux espaces : la scène et la salle auxquels viendra s'ajouter un troisième, celui de la mort.

Une mort non pas comme celle que le public connaît, celle qui promet l'immortalité, mais une mort d'une autre nature, qui n'a rien d'une délivrance, bien au contraire, elle aussi l'épouse par servitude. Il lui appartiendra comme il avait appartenu au Docteur (Murad Sadiki) en tant que cobaye de laboratoire :

_Woyzeck, tu pisses contre la rue. Tu ne vas pas me faire comme le chat. Lui disait le Docteur.

Il lui appartiendra comme il avait appartenu au Capitaine :

_Où vas-tu Woyzeck ?

_Je vais chercher le vin du Capitaine.

Il lui appartiendra enfin comme il avait appartenu à la Bible : sa parole est celle des textes sacrés.

Ce qu'il avait de propre c'était le délire, les visions, les hallucinations et enfin sa femme Marie, une ancienne prostituée : "Elle, c'est tout ce que j'ai ", et ce ne fut pas pour longtemps.

Car Marie est belle " belle comme le pêché ". Elle sera victime de la séduction suivie d'une sorte de viol, le sexe-symbole, celui qui détruira le rapport Woyzeck-Marie, le Tambour Major (Ahmed Ngaïmich) la prendra de force, la renversera sur le drap blanc et la violera. Le drap blanc, cette maison est cet espace très stable qui retiendra Marie (Colette Magis) durant toute la pièce durant toute la pièce. Elle est une fille donc une putain qui camoufle son vice et ment. La scène de Bijoux nous montrait Woyzeck (André Morel) demandant à Marie d'où lui venaient les boucles d'oreilles et celle-ci qui répondait :

_Je les ai trouvées.

_Moi je n'ai rien trouvé.

Woyzeck cherchera donc à la croire mais ne la crut pas. Marie ussi cherchait ; elle cherchait dans la Bible " Dieu, je ne te retrouve pas " .Et en échange eut recours à sa fille "pauvre enfant de pute ".L'enfant (Marianne) est souvent absente dans les yeux de Woyzeck, son père. Ses yeux qui ne voyaient que la mort ; ainsi l'idée de la mort mûrissait dans son esprit !

Et nous vîmes, au début de la scène, quand il rasait le Capitaine, cette attitude du crime, la même position de frappe qui se répétera au moment du meurtre, quand de force, il entraînera Marie de devant sa grand-mère (Mari Gewinner) _ certainement celle de Woyzeck_ qui racontait justement une histoire de mort pour la purifier :

_Tout le monde était mort.La terre était comme un pot de fleurs renversé.

Car il n'y a que la mort, que le sang qui puisse lui rendre sa blancheur, sa chaleur qu'elle perdit dans le pêché. Et l'idiot (Maryse Lestrellin), celui qui ne prononçait que les paroles hors de dialogue, l'illuminé dira :

_Je renifle l'odeur d'un corps humain.

Woyzeck est aussi le singe (Marie Lestrellin), une représentation exagérée de sa vie. Il a son double Andres( Gérard Clamadieu), mais un personnage qui ne souffre pas. Le peuple, lui, est représenté par les danseurs, les artisans(Khalil Belaziz et Boby Gewinner) qui sentent eux aussi l'odeur de la perte et :

_Même l'argent va vers sa perte.

Tandis que le Capitaine, le Docteur et le Tambour Major représentent les forcessociales qui possèdent Woyzeck. La ficelle que celui-ci tenait dans la main marquait son impossibilité d'agir " Et aussi à limiter le jeu de main de l'acteur amateur " nous dit Jaques Mayor. Ils représentent aussi la morale :

_La morale c'est quand on a de la morale.

Définition grotesque, en fait le Docteur faisait la marche de poule, le Capitaine celle d'une grosse chatte sur deux pattes et quant au Tambour Major, il faisait la marche du robot. Le Bonimenteur (Gérard Clamadieu) était comme tous les personnages de la pièce ;une marionnette vivante, une machine. On y retrouve même des personnages épisodiques : la femme du Bonimenteur(Mick Gewinner) et Kaethe (Dina Dadouchi) que Jacques Mayor appellera Silhouette.

Il fallait au Docteur un public, des étudiants pour démontrer sa thèse, ses recherches qu'il a entamées sur son cobaye Woyzeck et il en a eu : Woyzeck en position du Christ entouré d'étudiants(Sarah Benmoussa, Ayoub Zounaïdi, Abderrahman Chouki, Noureddine El Achkar et Aziz Tzi). Une scène qui montre avec netteté jusqu'où va l'esclavage de Woyzeck, principal personnage de Woyzeck de Büchner.

Nous assistâmes là à un théâtre ouvert, démasqué. A une nouveauté théâtraleoù la mise en scène est d'abord une mise en espace. Le problème de circulation se posait ; vingt-cinq scènes d'entrées et de sorties, mais Jacques Mayor est un spécialiste dans la mise en scène " Je l'enseignait à l'université " nous avait-il dit. Les coulisses sont aussi des lieux de circulation, de transition. Woyzeck faisait le tour de la salle et au premier rang, avec les spectateurs, les comédiens au repos ou des personnages regardant et regardés : Woyzeck en souffrance dans l'allée voit la scène de Séduction entre Marie et le Tambour Major ; le Tambour Major regarde la dispute de Marie et de Woyzeck.

Nous, nous vîmes là un théâtre non réaliste mais de signes, une technique nouvelle comme, par exemple, la scène de la mort à la vitesse normale, très rapide au début puis au ralenti , la scène qui se répéte comme pour mettre la mémoire du spoectateur au jeu devant une image obsessionnelle : deux coups de poignard sur la poitrine et un troisième(pratiquement impossible) dans le dos.Mais là, l'image était très nette ; ceci est un procédé cinématographique. Car ce ne fut d'ailleurs pas la seule scène qui en compta, il en eut bien d'autres. Dans la scène de Défilé, quand Margerir (Sarah Benmoussa) et Marie regrdaient passer le défilé du côté du public alors que le Tambour Major, qu'elles regardaient, passait derrière elles. Scène à laquelle viendra s'ajouter une autre ; celle de la danse qui s'arrête et qui repart ensuite.

Le décor de Boby Gewinner, était très significatif.Un masque bleu de profil accroché du côté gauche de la scène représentant le visage de l'ordre social et une chemise rouge suspendue par un bâton, la peau supplémentaire de Woyzeck symbolise ce personnage hors-sujet, absent-présent ; tout ceci opposé au côté droit , celui du piano, des artisans,du tableau sur lequel figuraient des enfants dans diverses positions sadiques, un tableau de machines.

Car la tragédie de Woyzeck est aussi une machine privée de liberté, privée d'elle même et enfin opposée à la tête de cheval (ou l'âne), représentation non-moins exagérée de Woyzeck.

Quant à la musique de Seigfrid Kessler, Carla Bloy, Charie Haden et de Marnis Constant, déjà au début elle s'annonçait parfaite quand le rideau de verre (imaginaire) se levait avec une musique très forte après que se leva le vrai rideau sous le " doucement " allongé du Capitaine qui se faisait raser.Les arrangements de piano effectuées par Gérard Clamadieu(dans le rôle d'Andrès) emportaient les spectateurs vers une autre dimension ; celle de la voie-lactée. Musique thématique (marche du Capitaine), musique d'arrière plan mental (obsession, hallucination et mort de Woyzeck), chansons tonitruantes, commentaires du Chœur " rien ne dure sur la terre ", " la servante " et même une musique-souvenir d'une vie d'à côté auxquels vient s'ajouter des voix d'enfants(bande-son :Pierre Valprémy). Des voix innocentes de Anne Valprémy, de Marianne Lestrellin et de florence Egensperger. Tout ceci sous l'éclairage de Emmanuel Sanchez, un éclairage lunaire, éclatant et...professionnel. Les costumes et les maquillages étaient du talentueux Brahim Dadouchi.

Abdelouahid Bennani
L'Eclaireur, n°80-Edition du 16 décembre 1981
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